Brigitte Prot, spécialiste de la motivation scolaire, a répondu à toutes vos questions sur la confiance en soi, la motivation, l'autonomie et les devoirs.
Mon enfant est au CP cette année, et il a peur de ne pas réussir à apprendre à lire. Comment le rassurer ?

La peur est un frein considérable à l’envie d’apprendre. Il est essentiel de la situer : est-elle liée à ce qui se passe pour lui à l’école ? À la maison ? Il faut aussi la définir : écoutez votre enfant identifier sa peur avec ses mots. S’il ne l’exprime pas à l’oral, demandez-lui de la dessiner pour l’extérioriser. S’il n’y parvient pas, émettez des hypothèses : « Apprendre à lire, crois-tu que c’est trop difficile pour toi ? », « As-tu peur de la maîtresse ? Ou d’un camarade ? »
« J’ai peur de ne pas réussir à apprendre à lire » est une phrase « écran » : pour votre enfant, quelle réalité y a-t-il derrière cet écran ? Chaque peur cache un désir qui a du mal à s’exprimer : une forte motivation à apprendre peut s’exprimer dans un premier temps par une peur. Peut-être votre enfant perçoit-il d’ailleurs la vôtre ? Car le CP constitue non seulement un passage pour lui, mais aussi pour vous. Apprendre à lire signifie s’éloigner de la famille, se séparer de ses parents. Cette séparation est l’un des éléments qui permettent l’apprentissage. L’expression d’une peur peut alors être, à cet âge, une façon pour votre enfant de vous demander l’autorisation d’apprendre, c’est-à-dire celle de « se séparer » de vous pour rejoindre le lieu où l’on apprend à devenir autonome, l’école. Apprendre, c’est grandir.
Parfois, une relation fusionnelle avec ses parents incite l’enfant à « rester leur bébé », plutôt qu’à prendre le risque de grandir.
Que représente le fait de lire, pour lui, pour vous, pour ses frères et sœurs ? Si savoir lire devient une obsession familiale, si vous lui en parlez trop sur le mode du conseil ou de la consigne permanente, alors le fait d’apprendre à lire prend une telle ampleur que cela peut l’effrayer.
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D'après son enseignant, mon enfant participe peu en classe : est-ce qu'il manque de confiance en lui ?

Écoutez-le dire pourquoi. Qu'est-ce qui empêche précisément sa participation ? L'attitude des camarades lorsqu'un élève s'exprime ? Celle de l'enseignant ? A-t-il vécu une expérience décourageante ? Alors qu'il s'exprimait, quelqu'un s'est moqué de lui, il a pu se sentir humilié, voire rejeté du groupe. Or participer signifie prendre sa part dans le groupe-classe et suppose donc d'y trouver sa place.
Demandez aussi des précisions à l'enseignant : que signifie « participe peu » ? Y a-t-il certaines situations d'apprentissage dans lesquelles il s'exprime facilement, demande et prend la parole ? Ou bien est-ce général ?
Demandez à votre enfant ce qu'il en pense, comment il se sent en classe : a-t-il l'impression de participer peu ? Se trouve-t-il dans une période de prise de marques, c'est-à-dire d'observation, pour mieux participer ensuite ? Beaucoup d'enfants ont besoin d'un temps, au début de l'année, pour installer des repères sécurisants, pour identifier leur place dans le groupe, avant d'y « prendre part ».
Si, au-delà de deux mois, la situation perdure et est considérée comme problématique par l'enseignant, il est souhaitable que l'enfant participe régulièrement à un atelier d'expression orale ou de théâtre, en dehors de l'école.
Par ailleurs, pour ancrer sa confiance en soi à l'oral, il est important que sa parole soit entendue et encouragée dans le cadre familial. Par exemple, une situation familiale freine particulièrement l'expression avec d'autres : lorsqu'un adulte, un frère ou une sœur est considéré comme « ayant toujours raison », ou lorsque l'enfant entend régulièrement qu'il est « trop petit pour savoir ». Sa parole, invalidée par le milieu familial, se trouve dévalorisée à ses propres yeux. Il a donc du mal à la poser à l'école, avec d'autres. L'expression d'un enfant s'ancre d'abord dans la famille, lorsqu'il expérimente régulièrement le fait d'être écouté et entendu dans le silence, sans qu'on lui « coupe » la parole.
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Est-ce qu'il est possible de lui donner davantage confiance en lui ? Est-ce que cela peut aussi passer par une aide extérieure ?

Il s'agit d'abord de savoir de quelle confiance l'on parle. Rappelez-vous qu'avoir confiance en soi signifie « se fier à soi-même ». Dans ma pratique, je repère quatre formes de confiance en soi pour un enfant :
- la confiance en ses capacités, son potentiel, son intelligence,
- la confiance en ses connaissances, ses acquis, ce qu'il sait, ce qu'il a appris,
- la confiance en sa capacité à effectuer un choix, à prendre une décision, adaptés à son âge,
- la confiance en sa capacité à mener à terme une activité, un travail, une action quelconque.
Dans un premier temps, il est important de repérer quelle forme de confiance constitue un point d'appui pour l'enfant. Je rencontre par exemple des enfants à la fois sûrs de leur intelligence et hésitants quant à leurs connaissances. Dès qu'on valide le fait qu'ils ont confiance en eux sur cet aspect « potentiel », ils trouvent une sécurité pour développer la ou les formes de confiance en soi dont ils ont besoin.
La meilleure nourriture de la confiance en soi est l'expérience personnelle de la réussite, du fait que l'enfant « y arrive ». Il y puise une gratification, une valorisation personnelle, à partir de ce qu'il vit « dans la réalité ». Aussi, le fait de lui confier des responsabilités, de l'inciter à exercer des activités sportives et/ou créatives avec d'autres lui permettra d'apprendre à se connaître, de reconnaître ses compétences, et de s'ouvrir progressivement au monde qui l'entoure pour y investir sa propre place.
La dimension collective est importante pour la confiance en soi : se confronter à d'autres, faire avec les autres, donner quelque chose de soi aux autres, tout cela est extrêmement moteur. D'autant plus que beaucoup d'enfants, aujourd'hui, se sentent seuls.
Il est essentiel de pratiquer des activités en famille, qui encouragent. Dans la communication avec votre enfant, évitez deux pièges : mettre la barre trop haut (si elle est inaccessible, cela pollue la confiance en soi) et mettre la barre trop bas (cela freinerait sa confiance). Validez régulièrement ses progrès sans tomber dans le syndrome de la survalorisation artificielle qui, aux yeux de l'enfant, est suspecte.
Quant à l'aide extérieure d'ordre psychologique, elle sera sollicitée avec discernement, exclusivement dans des situations de réelle fermeture. Il ne faut pas transformer en pathologie un besoin humain de prendre confiance en soi qui nécessite d'expérimenter la vie, donc du temps. Avec un mot-clé : dédramatiser, en tant qu'adulte(s), pour alléger l'enfant de l'obligation d'exprimer à tout prix une confiance en soi qui rassure ses parents.
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Quand il a des mauvaises notes, comment dois-je réagir ?

Pour commencer, essayez de trouver une bonne note ou une appréciation positive ! Validez-la en le lui disant. Cela constituera un point d'appui pour votre enfant.
Ensuite, constatez en effet les mauvais résultats, mais ne les confondez jamais avec la personne de votre enfant, sa « réalité ». Le 6/20 obtenu représente la valeur du travail du 4 octobre, et non la valeur de votre enfant, inaltérable en tant que personne. Il est essentiel de lui apprendre à raisonner lui-même ainsi, afin qu'il reste « entier » face à un échec ou une difficulté. C'est à cette condition que votre enfant trouvera l'envie et les moyens de faire progresser son travail. Distancié de son résultat, il peut « agir ». Confondu avec sa note, il ressent une insécurité qui peut inhiber sa motivation.
Ensuite, essayez de comprendre les raisons des mauvaises notes : incompréhension ? Manque de travail ? Manque de méthode ? Autres freins ? Ecoutez-le dire ce qu'il vit, lui, afin de repérer ses besoins réels. Accompagnez-le dans un exercice ou une leçon pour « voir » comment il s'y prend et l'aider à lever les obstacles repérés : une façon de raisonner, de suivre ou de répartir les étapes et les tâches nécessaires à son apprentissage…
S'il vous semble difficile d'identifier ses besoins réels, il est indispensable de communiquer avec l'enseignant : quels besoins repère-t-il ? Que propose-t-il pour aider l'enfant à progresser ? Quel rôle pour vous, parents, dans cet accompagnement ?
Haut Comment doit-il s'organiser chaque soir pour ses devoirs ?

Il s'agit d'installer un rituel de travail quotidien, si possible toujours à la même heure et de même durée, adaptée au niveau de classe. Donner une limite de temps permet une meilleure concentration et un travail plus efficace. Cela évite aussi de « traîner » des heures et de différer indéfiniment la leçon à apprendre ou le devoir à faire.
Ainsi, ce temps devient « naturel », inscrit dans la journée comme allant de soi, sans drame ni obsession. Au même titre que d'autres temps : celui du repas, du jeu, du sommeil…
Dans les périodes de contrôles et d'évaluations diverses, il faut prévoir davantage de temps, ce qui implique de s'avancer dans son travail.
Aborder le travail personnel requiert d'être suffisamment sécurisé et accompagné. L'un des principaux freins à la motivation est aujourd'hui la solitude des enfants. D'où l'importance de la présence d'un adulte ou de frères ou sœurs plus âgés à ce moment-là.
Accompagner votre enfant signifie l'aider à lire la consigne, à la comprendre et à la reformuler avec ses mots. Lui permettre de répondre à la question : « Qu'est-ce que la maîtresse / le maître te demande de faire, là ? » Ensuite, laissez-le « faire tout seul », en assurant une présence dans la pièce qui lui permette un recours, si nécessaire.
Répondez à ses demandes d'aide sur le moment, puis contrôlez le travail lorsqu'il est terminé. La forme de contrôle dépend de sa nature (exercices d'entraînement, de mémorisation…).
Il est essentiel que votre enfant apprenne à contrôler le temps imparti : d'abord évaluer le temps nécessaire à chaque tâche puis se mettre en projet de réaliser complètement le travail. En l'accompagnant dans cet apprentissage, vous développez son autonomie et sa motivation.
Une horloge ou une montre à aiguilles lui permet de « voir » le temps qui passe et de repérer l'objectif qu'il se donne (« J'aurai fini l'exercice à 17 h 30, quand la grande aiguille sera sur le 6 »). La lecture du temps à affichage digital complique la tâche, en termes de repères.
Haut Après l'école, si je ne suis pas après lui, il tarde à faire ses devoirs... Comment l'aider à être plus autonome ?

Cette question est liée à la précédente. Si un rituel de travail quotidien est installé au plus tôt, comme l'un des temps de la journée « évidents », sans affectation ni crainte de la part de l'adulte, les conditions sont installées pour qu'à l'heure fixée, l'enfant « s'y mette ». Afin de rendre plus lisible ce temps, vous pouvez utiliser un sablier, objet symbolique de la mise en route du travail. Avant celui du travail, le temps du goûter ou de la pause (20 minutes à une demi-heure) permet de « libérer » les tensions et… le cerveau qui a travaillé toute la journée à l'école !
Outre la question du temps, notez bien l'importance de l'espace de travail. Votre enfant doit se trouver dans des conditions de concentration optimale, c'est-à-dire sans tentation ni sollicitation, ni solitude enfermante. C'est pourquoi la chambre est devenue, pour beaucoup d'enfants, le lieu à fuir pour le travail personnel. Ils lui préfèrent un endroit périphérique à la fois plus sécurisant et ouvert.
Par ailleurs, habituez-vous à « ne pas être après lui », afin qu'il respire et puisse prendre sa place. Il s'agit, progressivement, d'alléger votre présence pour la mise en route. Simplement, fixez à votre enfant un objectif de temps qui ne sera pas dépassé (par exemple, l'heure du repas) et « soyez là » uniquement pour le sécuriser, en le confrontant aux conséquences de son attitude (si le travail n'est pas fait, il en vivra les désagréments à l'école). Habituez-le à s'y mettre seul d'abord un jour sur deux, durant quinze jours : le mardi et le jeudi, par exemple, qu'on peut rendre lisibles sous forme ludique sur un planning. Progressivement, cela deviendra une habitude.
De façon générale, si vous le vivez « légèrement », si vous ne voulez pas à tout prix tout contrôler et si vous ne faites pas du travail personnel l'obsession du jour, votre enfant pourra y accéder.
Le fait de se mettre au travail est également lié au sens, au plaisir et à la valorisation qu'il y trouve. Dédramatisez sa situation scolaire ! Pour cela, faites-lui comprendre que les erreurs et des difficultés font partie de l'apprentissage et ne remettent jamais en cause sa propre valeur.
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Mon enfant est au CM2 et il ne lit que des bandes dessinées. C'est un peu inquiétant, non ?

Non, ce n'est pas inquiétant ! La lecture de bandes dessinées constitue un passage intéressant pour accéder à celle de textes « sans images ». Aujourd'hui, beaucoup d'enfants, si habitués aux repères visuels imagés, ont besoin de passer par cet apprentissage sécurisant.
Votre rôle d'adulte, ici, est de permettre à votre enfant d'accéder à autre chose, c'est-à-dire de lui faire découvrir l'intérêt de la lecture. Pratiquez en famille les lectures alternées, chacun faisant découvrir aux autres un texte court. Plusieurs fois par quinzaine, soit l'adulte, soit l'enfant lit à voix haute un passage d'un roman qui devient feuilleton pour les deux. Chacun peut également résumer ce qu'il a lu, afin de le partager avec l'autre. Ce peut être également l'occasion d'échanges entre frères et sœurs.
Installer les conditions de la lecture favorise également la découverte de nouveaux centres d'intérêt : certains soir, débrancher télévision, lecteur DVD et ordinateur, ouvre des horizons insoupçonnés dont beaucoup d'enfants parlent avec enthousiasme.
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Parfois, j'ai l'impression de lui mettre trop de pression sur ses résultats scolaires… Comment savoir doser mes exigences ?

Pour le savoir, demandez-lui s'il ressent cette pression. Passez, en la matière, de « j'ai l'impression » à ce qu'il vit réellement. Ecoutez-le sans projeter d'inquiétudes inutiles sur ce qu'il vous dit. Et établissez avec lui les règles qui permettent un équilibre dans votre relation à propos de l'école. Par exemple, si votre enfant dit : « Tu ne me parles que de mon travail, de mes notes, quand je rentre ! », prenez acte et changez d'attitude. Ce peut être également un « échange » pour un apaisement de chacun : votre enfant s'engage auprès de vous à se mettre au travail à l'heure convenue ; vous vous engagez à ne pas lui parler de son travail, mais plutôt à lui laisser l'espace et la respiration qui lui donneront envie de vous en parler, lui.
Il est essentiel de proscrire les situations de dette, extrêmement démotivantes :
- de l'enfant envers ses parents : l'impression de ne pas savoir répondre à leurs attentes, de ne jamais être « à la hauteur »,
- des parents envers leurs enfants : ai-je la bonne attitude ? N'en fais-je pas trop ? Ou pas assez ?
La clé se trouve dans la qualité de la communication entre parents et enfants, lorsque chacun peut être entendu à la place qui est la sienne.
Par ailleurs, poser la question à l'enseignant(e) peut s'avérer utile : perçoit-il (elle) une pression sur l'enfant, une présence parentale étouffante ?
>> Plus d'infos sur les programmes scolaires, l'organisation de l'école, la motivation et le bien-être de votre enfant dans notre rubrique Questions/Réponses.
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