L'enquête en cours
Comment la France se classe-t-elle dans les évaluations internationales ?
En comparant les niveaux scolaires dans les 57 pays de l’OCDE, l’outil Pisa (programme international pour le suivi des acquis des élèves)
affiche, depuis 2000, des résultats français en baisse, un constat qui inspire des inquiétudes...
« Les élèves
allemands sont-ils des imbéciles ? », titrait le magazine Der Spiegel devant les résultats des évaluations internationales publiées en 2001.
« La Suisse est-elle le cancre de l'Europe ? », s’interrogeait dans le mĂŞme temps La Tribune de Genève. Ă€ Paris, le 4 dĂ©cembre 2007, la France Ă
son tour retient son souffle. S’apprêtant à dévoiler le nouveau palmarès, Bernard Hugonnier, à la direction de l’Éducation de l’OCDE, met son auditoire
sur le grill, appelant chacun à se garder des interprétations catastrophistes. Pas de quoi pavoiser tout de même... Avec les 19e et 17 e places, la France affiche des résultats en baisse depuis 2000 et 2003, même si elle obtient la moyenne (entre 400 et 600 points). Et on ne
sait pas à ce jour si elle a amélioré son classement lors des tests de 2009, dont les résultats seront publiés en décembre 2010.
Un trio gagnant, la Finlande en tĂŞte
L’outil Pisa évalue tous les trois ans entre 4 500 et 10 000 jeunes de 15 ans pris au hasard dans chaque pays (4 700 en France en 2006), en tenant
compte des facteurs qui conditionnent les performances (milieu social, écoles publiques ou privées, etc.) En lecture, en mathématiques et en sciences,
les tests ne vérifient pas la maîtrise d’un programme scolaire, mais l’aptitude à appliquer des connaissances avec, en toile de fond, cette question de
prospective : nos élèves sont-ils capables de devenir des citoyens en mesure de s’adapter et d’évoluer tout au long de leur vie ? Réponse en forme de
trio gagnant : oui, en ce qui concerne la Finlande, la Corée du Sud, le Canada, avec une disparité remarquée entre les filles – « plus fortes » – et
les garçons.
Relativiser les résultats
E
France, les observateurs dénoncent aussitôt « un bilan désastreux, repris en chœur par les politiques [1] », comme le fait remarquer André Ouzoulias, formateur à l’IUFM de Versailles, passablement agacé par
« ces déclinologues » qui négligeraient les analyses mêmes de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère
de l’Éducation nationale). Celle-ci relativise en effet les résultats de la France, qui ont « juste un peu fléchi », comme ceux de pays aussi
différents sur le plan pédagogique que les États-Unis, les Pays-Bas, la Slovaquie, la République tchèque, la Suède ou l’Espagne. « Systèmes éducatifs
différents animés de philosophies différentes[2] », insiste Antoine Bodin membre de l'APMEP (Association
des professeurs de mathématiques de l'enseignement public). En France, les maths favorisent l’« accès à l’abstraction, à la symbolisation, à la
rigueur », explique-t-il, là où d’autres pays comme la Finlande choisissent un enseignement plus concret appliqué au réel.
La légitimité des tests en question
A
dré Ouzoulias, lui, recoupe diverses études démontrant cette fois des ressemblances favorables aux élèves finlandais et asiatiques à travers « un
système transparent » de calcul et d’écriture. Il conviendrait donc de « regarder de très près la formulation des exercices, la méthode, pour calculer
et comparer les performances », préconise Philippe Meirieu[3]. Mais il faudrait aussi savoir si l’enquête
Pisa qui, « à juste titre », cherche à privilégier « les savoirs transférables, l’autonomie intellectuelle, la compréhension des problèmes plutôt que
la restitution des solutions » répond bien « au type de travail qui est développé en France », ajoute le pédagogue. Car, au bout du compte, ces
évaluations internationales ont le mérite de soulever des questions cruciales suscitant de fines analyses trop souvent occultées par l’obsession du
classement. Alors, selon Philippe Meirieu, s’il n’est « pas question de totémiser » Pisa, il ne s’agit pas non plus de l’ignorer.
[1]
. André Ouzoulias (professeur à l’IUFM de Versailles, université de Cergy-Pontoise, département PEPSSE [philosophie, épistémologie,
psychologie, sociologie et sciences de l'éducation]), Le Café pédagogique, 30 avril 2008.
[2]
. Informations et réflexions sur le volet mathématique de l’étude PISA (31 octobre 2005), www.apmep.asso.fr/spip.php?article342.
[3]
. Les dossiers du Café pédagogique, article du 5 décembre 2007.